Une cyberattaque perturbe la presse aux États-Unis.

Je cherchais un sujet pour terminer cette année, et à vrai dire, j’ai déjà écris un article. Mais ce matin j’ai appris qu’une cyberattaque avait eu lieu aux États-Unis, qui a causé des perturbations majeures au niveau de l’impression et de la distribution des journaux sur la côte Est du pays. Je me suis dis que c’était un très bon exemple à vous donner pour terminer cette année.

Plusieurs entreprises médiatiques, notamment The Los Angeles Times, ont été touchées par cette cyberattaque. Et s’il y a déjà des soupçons que cette attaque provient de l’étranger, cela n’a pas vraiment d’importance pour notre discussion.

Ce que je voudrais aborder avec vous dans cet article, c’est la façon dont le domaine cyber et l’information sont entrelacés. Précédemment, je vous ai donné une définition de la guerre de l’information et cette cyberattaque démontre bien à quel point le cyber peut servir afin de perturber ou cesser l’accès à l’information dans un pays donné.

Et même si Salim Neino, le directeur général de l’entreprise Kryptos Logic, a déclaré que l’attaque semble être russe à cause « des traits familiaux des logiciels malveillants », il serait difficile d’attribuer cette attaque (comme plusieurs autres).

Dans ce contexte d’attribution de cyberattaques, je voudrais vous donner un exemple, que j’aime beaucoup, décrit dans la règle 15 « Attribution des opérations cyber [menées] par les institutions étatiques » du Tallin Manual 2.0.

Nous apprenons de ce manuel de référence, qu’en 2013 il y a eu une cyberattaque contre les sites du gouvernement ukrainien. L’entité derrière la cyberattaque faisait croire que cette opération a été menée par le Centre d’excellence de cyberdéfense coopérative de l’OTAN (CCDCOE), situé en Estonie. Puis, la personne (les personnes ?) derrière cette cyberattaque a menée une opération contre le CCDCOE, le site du ministère de la Défense estonienne et d’autres membres de l’OTAN, tout en faisant croire que le gouvernement ukrainien était derrière l’attaque. Alors que dans les deux cas, ni le CCDCOE ni le gouvernement ukrainien n’étaient à l’origine de la cyberattaque. Cette impersonnification s’appelle du « spoofing ».

C’était pour dire qu’actuellement, il est relativement facile d’utiliser le domaine cyber sans conséquences graves à cause d’une attribution souvent très difficile et l’absence d’un cadre légal international fort. Certains pays, notamment la France, mènent une politique de la non-attribution (au moins publique) des cyberattaques.

Bref, revenons à nos moutons. Je vous propose de voir cet événement à travers la conception russe de la guerre de l’information. Comme nous l’avons établi auparavant, la guerre de l’information est une « confrontation entre les États dans l’espace informationnel dans l’objectif d’endommager les systèmes, les processus et les ressources de l’information… »

Ici nous avons les deux, le cyber qui dans la pensée russe fait partie intégrale de la guerre de l’information et « espace informationnel », qui est en soi à la fois l’espace numérique et l’espace médiatique.

Disons, contrairement à un regard occidental, à travers les « yeux russes », une cyberattaque ne relève pas du domaine cyber, mais fait partie de la guerre de l’information. Dans ce cas là, la cyberopération menée contre les médias américaines n’est qu’un aperçu de l’utilisation du domaine numérique dans l’objectif de couper l’accès à l’information. En cas de guerre, cela pourrait avoir des conséquences assez lourdes au niveau de l’incapacité à disséminer l’information vitale à la population.

D’ailleurs, nous avons déjà observé ce genre de situation au cours de la guerre russo-géorgienne de 2008, où les cyberattaques accompagnaient les troupes conventionnelles russes sur le sol géorgien tout en perturbant, voir rendant impossible, la communication efficace du gouvernement géorgien à la fois destinée à sa population et aux pays étrangers.

Sur cette note, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’années et nous nous retrouvons début 2019 avec un article sur les travaux du colonel Komov.