Pour le FBI les théories du complot sont une nouvelle menace terroriste.

Récemment le FBI a publié un bulletin de renseignement sur l’influence des théories du complot sur les extrémistes américains et le passage à l’acte criminel et parfois violent. Le sujet est en soi intéressant, puisque la dissémination des théories du complot n’est pas nouvelle et s’inscrit dans la guerre de l’information.

Ce bulletin de renseignement est un premier effort du FBI d’examiner la menace provenant de la part d’extrémistes domestiques qui s’inspirent des théories du complot et « sert d’une base pour les futurs travaux de renseignement ».

D’après le document, le FBI considère que « ces théories du complot vont très probablement (de 80% à 95% de probabilité) émerger, se propager, et évoluer dans l’espace moderne d’information, amenant occasionnellement les deux groupes et les extrémistes individuels à commettre des actes criminels ou violents ».

Il faut attirer l’attention sur un certain nombre de théories du complot évoquées par les extrémistes avant et/ou après être passé à l’acte.

Les actes

Le 19 décembre un Californien a été arrêté pour la possession de matériaux prévus pour la construction d’une bombe. Le suspect voulait se rendre à Springfield (Illinois) afin d’exploser ce qu’il appelle « le temple satanique » ayant pour but « de rendre les Américains conscient du ‘Pizzagate’ et du Nouvel ordre mondial (NWO), qui démantèlent la société ».

Un autre cas s’est déroulé le 27 octobre 2018 et nous parle d’un individu qui a tué 11 personnes et a fait plusieurs autres blessés à la synagogue Tree of Life à Pittsburgh (Pennsylvanie). Peu avant de passer à l’acte il a partagé sur ses réseaux sociaux une image montrant le « Gouvernement d’occupation sioniste » (ZOG) et a écrit que le Hebrew Immigrant Aid Society « aime faire venir les envahisseurs afin de tuer notre peuple ».

Un dernier cas décrit dans le document et que j’estime nécessaire d’évoquer est celui-ci. Le 1er novembre 2013 un individu a tué un agent et a blessé d’autres agents de l’Administration de la sécurité des transports (TSA) à l’aéroport international de Los Angeles. Avant son passage à l’acte, cet individu a écrit une lettre exprimant son désir de tuer le personnel de la TSA, qui, d’après lui, « est associé au Nouvel ordre mondial ».

Même s’il existe d’autres cas évoquant les théories du complot tels que le « Pizzagate » ou « QAnon », je trouve important de s’arrêter aux théories qui ciblent soit le gouvernement en place soit les groupes ethniques ou religieux.

Les définitions

Le rapport nous donne une définition d’une théorie du complot qui est définie comme « une tentative d’expliquer les événements ou les circonstances comme un résultat d’actions d’un groupe d’acteurs travaillant en secret pour en tirer profit aux dépens des autres ».

Il est également noté que les théories du complot « allèguent généralement que des actes répréhensibles ont été commis par des gens puissants (hauts fonctionnaires, chefs de grandes entreprises, scientifiques) ou par des groupes sociaux (Musulmans, Juifs), et qu’elles sont répandues chez les personnes ayant des opinions politiques extrêmes ».

Les auteurs ce bulletin de renseignement ont distingués trois grands groupes de théories du complot : anti-gouvernemental, basé sur l’identité, politique marginale.

Les théories du complot anti-gouvernementales comprennent la théorie du Nouvel ordre mondial comme un groupe d’élites internationales qui souhaite dominer le monde. L’Organisation des nations unies (ONU) n’est également pas épargnée et certains adhérents des théories du complot croient que cette organisation a pour but d’éliminer la souveraineté américaine afin de « remplacer la démocratie par une tyrannie globale ». Un autre courant comprend des adeptes d’opérations sous fausse bannière qui sont persuadé que le gouvernement américain commet des actes terroristes afin de « justifier les empiétements sur les libertés civiles ».

Parmi celles basé sur l’identité, il est impératif de distinguer ici le Gouvernement d’occupation sioniste. Cette théorie du complot évoque « les agents secrets juifs qui contrôlent les gouvernements des États occidentaux et qui complotent afin de dominer le monde ». Nous pouvons trouver des similitudes entre le ZOG et le NWO, les deux se basent sur « un complot juif/sioniste afin de dominer le monde ».

Je ne vais pas m’arrêter sur le groupe politique marginale comme le « Pizzagate », mais il est important d’indiquer ici le « QAnon », complot qui évoque un certain anonyme qui publie en ligne des informations secrètes auxquelles il a accès. Ceci me rappelle le grand nombre de chaînes russes sur Telegram qui prétendent partager des informations restreintes à un petit cercle de hauts fonctionnaires russes sur l’État « réel » des choses en Russie. D’ailleurs, la même technique (parmi plusieurs autres) a été proposée en 2018 par les consulats russes à l’ex président du Soudan afin de « stabiliser la situation sociopolitique » dans ce pays.

Le rapport note que les théories du complot ont été encouragées par de vrais complots exposés impliquant des hauts fonctionnaires. Cependant, il ne mentionne en aucun cas la dissémination des théories du complot conçues par des puissances étrangères et sa (possible) influence sur les théories du complot actuels.

En lisant ce bulletin de renseignement écrit par le FBI j’ai trouvé que le complot évoquant une « domination par les juifs et/ou sionistes » était prédominant. Ceci m’a fait remarquer une parallèle marquante entre le ZOG et le NWO d’un côté et une pièce de la propagande anti-Juive, compilée en marge des XIX et XX siècles par la police secrète de l’Empire russe et qui est devenue connue sous le nom de « Protocoles des sages de Sion ».

Ces « protocoles » décrivent des prétendues réunions secrètes exposant un plan de domination du monde par les Juifs. Même si cette forgerie russe a été démenti dans l’article du 16 août 1921 dans The Times, un grand nombre de personnes continuent à croire à ce complot, notamment dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Ce complot a donné naissance à d’autres complots évoqués ci-dessus comme le Nouvel ordre mondial ou le Gouvernement d’occupation sioniste, et il n’est pas difficile d’effectuer un parallèle entre eux. Il faut aussi mentionner une théorie du complot, assez répandue en Russie, le soi-disant « complot judéo-maçonnique », également basé sur les Protocoles des sages de Sion.

Il est bien évidemment inutile de préciser le danger que la compilation et la dissémination massive de ces théories du complot constitue pour nos sociétés, surtout à l’époque dominée par les réseaux sociaux et l’Internet. La propagation des idées fausses et diffamatoires à la population d’un pays cible tombe parfaitement sous « la méthode de pression » de la guerre de l’information évoquée par le colonel et chercheur soviétique et russe Sergueï Komov.