L'Ukraine adopte sa Stratégie de sécurité militaire


Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy vient d’approuver la Stratégie de sécurité militaire de l’Ukraine, qui envisage une aggression armée russe à grande échelle. Pour la première fois dans le langage officiel ukrainien, ce document introduit la notion de « défense complète » tout en reconnaissant que le pays se trouve dans les conditions d’une « menace militaire existentielle ».

Le travail sur ce document a été possible suite à l’introduction d’une nouvelle rédaction de la Stratégie de sécurité nationale, approuvée par l’administration Zelenskyy en septembre 2020. Elle prévoit le développement de certains documents stratégiques, dont la présente Stratégie de sécurité militaire, adoptée par le président ukrainien le 25 mars 2021.

Ce document est assez sobre car il reconnaît la « menace militaire existentielle » qui pèse sur le pays tout en notant « un déficit croissant des ressources financières et un déséquilibre des capacités militaires ukrainiennes par rapport à la Russie ».

La « défense complète » entend un ensemble de mesures visant à prévenir et, le cas échéant, résister à l’agression dans les trois domaines d’opérations traditionnels, plus le cyberespace et être en pouvoir d' « imposer sa volonté dans l’espace informationnel », où on ajoute les mesures hybrides, dans le but d’infliger des « pertes inacceptables » à l’ennemi.

Les auteurs du document ont défini les circonstances possibles déclenchant la défense complète du pays, parmi lesquelles se trouve « l’escalade de l’agression armée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine ». Cependant, l’agression armée d’autres États ou coalitions d’États, voire « l’implication de l’Ukraine dans un conflit armé international, en particulier, entre les États nucléaires » ne sont pas exclues par cette Stratégie.

Elle prévoit, en cas de nécessité, les trois phases de défense complète :

  • Phase I : se résume en l’utilisation de toutes les forces de la défense nationale ukrainienne avec « toutes sortes d’opérations spéciales, y compris sur le territoire ennemi », pour empêcher son avancée sur le territoire ukrainien et dissuader une escalade du conflit armée.
  • Phase II : prévoit le déploiement de la réserve militaire pour renforcer les forces de défense et assurer la mobilisation de la population à travers le pays, ainsi que le déploiement du mouvement de résistance en cas d’occupation de certains territoires.
  • Phase III : se focalise sur l’engagement au combat des unités militaires supplémentaires constituées de la population mobilisée et des réservistes, avec une « cessation de l’agression armée avec l’aide de la communauté internationale à des conditions favorables pour l’Ukraine ».

Ces trois phases sont suivies d’un règlement post-conflit, qui comprend la démobilisation, le rétablissement du contrôle aux frontières de l’Ukraine et la réintégration des territoires temporairement occupés pendant la période de reconstruction après la fin des hostilités.

La Stratégie apporte une attention particulière à la composante informationnelle et au cyberespace, sans pour autant apporter du concret sur la conduite des opérations informationnelles et psychologiques, tout en évoquant la « cyberdéfense ». Ce qui n’est pas corrélé avec l’inclination de mener « toutes sortes d’opérations spéciales, y compris sur le territoire ennemi »

Parmi les facteurs qui peuvent rendre la défense complète de l’Ukraine inefficace sont, entre autre : la prise de décisions stratégiques erronées; l’investissement insuffisant dans le développement de la défense; la mauvaise coordination; et la différence significative des capacités militaires de l’Ukraine et de la Russie.

Cependant, le document précise que l’atteinte de la parité militaire avec la Russie ne peut pas être un but car elle conduirait à la « militarisation excessive » et, par conséquent à « l’épuisement de l’économie nationale ».

Pour résumer, l’idée principale de ce document est le repli sur soi, qui se résume en l’amélioration de la défense aérienne, le déploiement rapide des troupes, l’amélioration de la réserve militaire et des capacités mobilisationnelles de la nation, le rôle important donné aux forces de défense territoriale et à la résistance, ainsi que les cyberopérations et les opérations dans l’espace informationnel, y compris les opérations psychologiques. C’est aussi la première fois qu’un document ukrainien de cette nature prévoit des hostilités sur le sol de l’adversaire.