La Russie se dote d'une nouvelle Stratégie de sécurité nationale


Après environ un an et demi de travaux sur la nouvelle Stratégie de sécurité nationale (SSN) de la Russie, le processus s’est enfin terminé le 2 juin dernier avec la publication du décret N°400. Ce document, signé par le président russe Vladimir Poutine, remplace l’ancienne SSN en vigueur depuis le 31 décembre 2015.

La publication du document stratégique a été rétardée, très probablement en raison des élections présidentielles aux États-Unis, qui, par conséquent, ont suscité la nécessité d’évaluer les positions du nouveau maître de la Maison blanche et d’ajuster certains alinéas du document et d’adapter le langage.

Les positions ont été confirmées au sommet Putin-Biden à Genève et deux semaines après, la stratégie a été rendue publique, inscrivant la rivalité idéologique avec l’Occident, incarnée par les États-Unis.

La sécurité informationnelle placée au cœur du document

L’importance que Moscou octroie aux enjeux informationnels n’est pas quelque chose de nouveau. Moscou fut l’un des premiers pays à adopter une Doctrine de sécurité informationnelle en 2000, dont la version actuelle est entrée en vigueur en 2016.

La nouvelle Stratégie de sécurité nationale octroie tout un chapitre à la sécurité informationnelle - un élément important par rapport à la version précédente. Cette évolution n’était pourtant pas inattendue.

Le document expose ce que la Russie voit et présente comme les menaces à sa sécurité. On peut y trouver la mise en garde contre l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans le but de s’ingérer dans les affaires intérieures des États, ainsi que « porter atteinte à la souveraineté et violer l’intégrité territoriale ».

Le document note également le danger des cyberattaques, néanmoins le terme « cyber » n’apparait pas dans la SSN, ce qui confirme une fois de plus la différence fondamentale d’approche existante entre la Russie et l’Occident.

La Stratégie fixe un nombre de tâches afin de protéger la sécurité informationnelle de l’État russe, qui varient de l’amélioration de la protection informatique de l’infrastructure critique et la nécéssité d’accroître la sécurité et la stabilité du segment russe de l’Internet - le soit-disant « RuNet », au développement des forces et des moyens de la confrontation informationnelle (informatsionnoye protivoborstvo).

Les valeurs traditionnelles contre l’occidentalisation

Le document met l’accent sur la rivalité idéologique, et d’après ses auteurs, les « valeurs spirituelles, morales, culturelles et historiques traditionnelles russes sont activement attaquées par les États-Unis et leurs alliés ».

La logique de la confrontation civilisationnelle est inscrite tout au long de la SSN, où la Russie se voit « attaquée » par l’Occident. Moscou considère qu’il s’agit d’un « sabotage informationnel et psychologique » mené à son encontre et voit l’« occidentalisation » comme un phénomène qui « accroît la menace de perte de la souveraineté culturelle ».

Il est opportun de noter qu’une dizaine de jours après la publication du document, le Vice Secretaire du Conseil de sécurité de la Russie, Aleksandre Venediktov, a présenté son commentaire en soulignant cette « dimension civilisationnelle » et informant qu’une attention particulière a été accordée « au soutien des compatriotes à l’étranger ». Il n’a pas omis non plus la préservation de l’identité « panrusse » ainsi que le « renforcement des liens fraternels des peuples russe, biélorusse et ukrainien ».

Ceci s’inscrit également dans l’article publié la veille de son commentaire par Vladimir Poutine sur « l’unité historique des Russes et des Ukrainiens », réiterant les mythes historiques russes ainsi que la négation de l’identitée ukrainienne, voire même de l’État ukrainien. Il n’est, néanmoins, pas opportun de développer cet aspect.

Revenant à la SSN, un autre élément clé qu’il faut absolument souligner est le droit de riposter de façon « symétrique et asymétrique » aux sanctions ainsi qu’aux activités impliquant les technologies modernes de l’information et de la communication que Moscou se réserve. Un changement de ton drastique, qui différencie ce document de la SSN adoptée en 2015.

Enfin, malgré le ton belliqueux, le Kremlin craint plutôt un conflit ouvert avec l’Occident. Ce qui entraine que cette SSN est un document axé sur la confrontation, qui vise à envoyer un message présantant Moscou comme « prête pour un conflit ». Nous devons nous attendre à un recours accru aux cyberattaques, aux opérations informationnelles et psychologiques russes contre les démocraties occidentales, ainsi qu’à une politique éventuellement plus agressive dans ce que la Russie perçoit comme son « étranger proche ».