La Russie menace Twitter


Le 10 mars dernier, le Service fédéral de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias de masse, connu en version courte comme le Roskomnadzor, a déclaré dans un communiqué de presse « avoir pris des mesures pour défendre les citoyens russes de l’influence du contenu illégal ». Plus précisément, il s’agissait du ralentissement de l’accès à Twitter pour les utilisateurs se situant en Russie.

Selon le Roskomnadzor, cette mesure a été prise car Twitter ne réagissait pas aux multiples demandes de suppression du « contenu encourageant les mineurs au suicide, du contenu pornographique juvénile ainsi que l’information sur l’utilisation de drogues », formulées par les autorités russes dès 2017 et jusqu’à aujourd’hui.

Le régulateur russe a évoqué la loi N° 149-ФЗ portant « Sur l’information, les technologies de l’information et la protection de l’information » et a déclaré avoir procédé au ralentissement de l’accès à Twitter « sur 100% des téléphones et 50% des appareils fixes ».

Cependant, peu après cette annonce la difficulté d’accès aux sites gouvernementaux russes ainsi qu’à grand nombre d’autres sites a été rapporté en Russie.

Certains experts, comme Dmitri Trenin, le directeur du Carnegie Moscow Center, ont spéculé une possible cyberattaque américaine.

La chaîne « ІТ и СОРМ » sur Telegram, gérée par un expert dans le domaine, Vladislav Zdolnikov, s’est alors précipitée d’annoncer qu’il s’agissait d’une mauvaise exécution du ralentissement de Twitter entreprise par le Roskomnadzor, ce qui a affecté 48.355 hôtes contenant la référence vers l’url court de Twitter (t.co).

Néanmoins, le Roskomnadzor a invoqué d’autres facteurs comme un incendie qui se serait déclaré au sein de l’un des sites de l’entreprise française OVHCloud ou encore une faille dans le datacenter même de Roskomnadzor.

Mais le ralentissement d’accès n’a pas suffit. Le 16 mars, le représentant de Roskomnadzor a déclaré que Twitter pourrait être complètement bloqué en Russie dans un mois, s’il ne remplissait pas les demandes formulées par les autorités russes et ne supprimait pas le « contenu illégal ».

Il faut noter que depuis quelques années, le Kremlin entreprend des mesures tous azimuts allant du domain purement militaire au civil, en passant par le renforcement de la base législative, afin de renforcer le contrôle sur l’Internet et d’assurer, ce que Moscou voit comme la « sécurité informationnelle ».

Cependant, une question demeure. Cette histoire avec Twitter suivra-t-elle le schéma de ce qui est arrivé à Telegram avec l’interdiction de cette messagerie en 2018 et avec la levée du ban intervenue en juin 2020 ? Il faut en outre tenir compte qu’il est impossible de bannir entièrement un site web en raison de l’existence de moyens pour le contourner. Ou sera-t-il banni à vie, vu que Twitter n’est pas un réseau social très prisé par les Russes ?