La Russie fait un pas de plus vers la protection de son espace informationnel.

Il y a six mois le président russe Vladimir Poutine a signé la loi amendant les lois fédérales « Sur la communication » et « Sur l’information, les technologies de l’information et sur la protection de l’information ». Cette loi fut très vite connue comme la loi sur « l’Internet souverain ». Certaines dispositions de cette loi doivent entrer en vigueur en 2021, d’autres sont déjà entrées en vigueur depuis hier.

Les dispositifs prévus par cette loi renforceront le contrôle du segment national russe de l’Internet, connu également conne le Runet, par l’État russe. La loi a pour but de créer un cadre juridique et pratique afin de contrôler ce que nous pouvons appeler le volet numérique de l’espace informationnel russe.

Certains médias et analystes ont décrié ces dispositifs accusant le Kremlin de vouloir isoler le Runet ou encore en les comparant au « Grand Firewall de Chine ». Les autorités russes à leur tour ont parlé de la nécessité de renforcer le contrôle sur la stabilité du segment national d’Internet afin d’assurer que les services publics et l’appareil étatique fonctionnent en cas de coupure de la Russie du réseau par les acteurs adverses, étatiques ou non.

Des exercices pour assurer le fonctionnement du réseau

Le 18 octobre dernier, le gouvernement russe a approuvé une disposition relative à la conduite d’exercices visant à garantir le fonctionnement d’Internet sur le territoire russe en cas de coupure de la Russie du réseau mondial. La disposition approuvée est entrée en vigueur depuis hier, le 1 novembre 2019.

D’après cette disposition, les exercices doivent avoir lieu au moins une fois par an conformément au plan approuvé par le ministère des Communications en coordination avec le FSB, le ministère de la Défense ainsi que quelques autres agences.

Cependant, c’est le ministère des Communications qui décide de la conduite de tels exercices, alors que le Roskomnadzor est chargé d’effectuer leurs préparations. Il est prévu que ces exercices puissent avoir lieu à deux niveau : fédéral et régional.

Il est également important de noter que des exercices instantanés sont prévus en cas de menaces qui pèsent sur la stabilité et l’intégrité du Runet.

Un pas vers la bonne direction ?

Afin de comprendre la logique derrière cette législation et les efforts des autorités russe dans le domaine informationnel il faut prendre en compte deux choses : 1) le concept russe de la guerre de l’information et 2) les documents stratégiques de ce pays, notamment la Doctrine de la sécurité informationnelle en vigueur.

Dans le cadre de la guerre de l’information, ou plus précisément de sa composante purement informationnelle, il faut non seulement influencer l’opinion publique du pays cible, mais aussi protéger son propre espace informationnel. De plus, l’aspect technique (cyber, piratage, câbles Internet, etc.) rentre également en jeu quand nous examinons les dernières décisions du Kremlin et qui est une part intégrale du concept de la guerre de l’information.

Par ailleurs, la Doctrine de la sécurité informationnelle russe définit « l’espace informationnel » comme :

L’ensemble de l’information, des objets d’informatisation, des systèmes d’information, des sites web, des réseaux de communication, des technologies de l’information, des entités dont les activités sont associées à la création et au traitement d’informations, au développement et l’utilisation de ces technologies, à la sécurité de l’information, ainsi qu’à la mise en place d’un ensemble de mécanismes permettant de réglementer les relations publiques.

Moscou entreprend également des efforts afin de booster les capacités de l’infoguerre au sein de ce qu’elle voit comme son espace géopolitique. A titre d’exemple, il faut se rappeler de la proposition russe pour formuler une politique informationnelle unique pour tous les pays membres de l’OTSC ou bien la décision de chefs du gouvernement de la CEI sur la Stratégie de la sécurité informationnelle des États-membres de cette organisation.

Par conséquent, la législation sur « l’Internet souverain » adoptée en Russie s’inscrit parfaitement dans la logique du concept de la guerre de l’information, la vision stratégique russe résumée dans les documents stratégiques de ce pays. Ces dispositifs vont non seulement diminuer des libertés dans le Runet, mais également réduiront le champ de manœuvre (éventuel) pour les puissances étrangères dans l’espace informationnel russe, car Moscou considère qu’elles veulent nuire aux intérêts de la Russie et mènent une guerre de l’information contre elle.