La guerre de l’information russe contre le Bélarus.

Le Bélarus n’est pas le genre de pays dont on parle beaucoup. Et pourtant, ce pays subit des actions qui peuvent, au final, mener à une perte de souveraineté par Minsk. D’ailleurs, actuellement le Bélarus ne jouit pas de sa pleine souveraineté, mais profite de ce que l’on peut appeler « une souveraineté limitée ».

Faisant partie de l’ « Union de la Russie et du Bélarus », projet créé en 1997, Minsk peut être considéré comme un « bon élève » en termes d’intégration dans les projets russes, notamment la Communauté des États indépendants (CEI), l’Union économique eurasiatique (UEEA), l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), etc.

Etant un allié inconditionnel de Moscou, ce pays n’est pas à l’abri de l’empiètement russe sur sa souveraineté qui, en grande partie, s’effectue à travers la guerre de l’information.

Récemment, le think-tank bélarus EAST-Center a publié un rapport intitulé « Les changements fondamentaux en désinformation et propagande anti-bélarusien : analyse des changements quantitatifs et qualitatifs », disponible en version anglaise (abrégée) et en version russe (complète). Ce rapport nous permet d’observer les sources qui génèrent et/ou relaient la propagande russe, ainsi que les récits conçus afin de promouvoir les intérêts de la Russie dans ce pays.

Le rapport prend note de l’augmentation des médias en ligne publiant la désinformation concernant le Bélarus. Si auparavant les sources principales de la désinformation concernant ce pays étaient des sites russes se focalisant seulement partiellement sur le Bélarus, maintenant il y a environ 15 sites de désinformation dédiés entièrement aux événements dans ce voisin de la Russie.

Il est également indiqué qu’en 2018 tout un réseau coordonné de sites régionaux a été créé. Ce réseau emploie régulièrement un discours de haine envers des groupes différents de la population biélorusse.

Les publications utilisent une rhétorique agressive et chauvine, remettant parfois ouvertement en cause l’existence même du groupe ethnique biélorusse indépendant ainsi que sa langue, discréditant et déformant l’histoire du Bélarus.

Un autre élément que je trouve intéressant, mais qui n’est pas une découverte pour moi, c’est le fait que les sources de cette désinformation contre le Bélarus sont souvent associées aux organisations russes, notamment l’initiative civique CIS-EMO, établi en 2018. Elles sont également en lien indirect avec l’Ambassade de Russie au Bélarus.

Le rapport distingue 4 groupes de sites de désinformation : 1) les sources les plus agressives, 2) les sources avec un niveau élevé de désinformation, 3) les sources avec un niveau moyen de désinformation, et 4) les sources de désinformation moins actives.

La désinformation russe contre le Bélarus

D’ailleurs, il est intéressant que les sources les plus agressives sont des sites enregistrés au Bélarus. Ces sites font la promotion du rapprochement radical entre le Bélarus et la Russie, autrement dit la perte de la souveraineté réelle par Minsk. Les publications du premier trimestre de 2019 se focalisent sur les points suivants :

  1. Considérer le déploiement des armes nucléaires russes au Bélarus dans le cadre d’une confrontation avec l’Occident ;
  2. Promotion au Bélarus des organisations russes œuvrant dans le domaine d' « une identité commune russe » parmi les biélorusses ;
  3. Introduction du rouble russe en tant que monnaie nationale en Bélarus ;
  4. Cesser le dialogue avec l’Occident, déployer les bases militaires russes en Bélarus et introduire une responsabilité pénale pour « incitation à la peur aux dépens de la Russie ».

Quand au discours de haine, il est souvent appliqué aux journalistes et bloggers biélorusses indépendants, aux personnes soutenant le Bélarus indépendant et aux activistes et représentants de l’opposition politique. Autrement dit, à tous ceux qui ne veulent pas que leur pays soit encore plus intégré dans la Russie.

Ces sites promeuvent des récits ayant pour but de nier l’existence même de l’identité nationale biélorusse et s’expriment de façon suivante : « le peuple biélorusse fait partie du peuple russe » ou « la langue biélorusse a été artificiellement créée au 18 siècle ». Il est important de noter que nous entendons le même genre de récits par rapport à l’Ukraine. Le problème est que ces récits résonnent également dans l’opinion publique occidentale, avec des conséquences négatives. Mais c’est un autre sujet.

Le rapport a également établi que seulement quelques personnes possèdent un grand nombre des sites de désinformation. Notamment, les domaines ​vitbich.org,​ ​podneprovie-info.com​, ​grodnodaily.net​, berestje-news.org​ ont été acheté le même jour, le 19 février 2019, par un certain Aleksey Semenov résidant dans la région de Moscou en Russie.

Je vous encourage à lire ce rapport, surtout la version russe, qui est beaucoup plus détaillée que l’anglaise.