La désinformation russe se saisit du Covid-19.

La Russie déploie de la désinformation sur Covid-19, selon la dépêche de Reuters, qui cite le document de l’UE. On peut y lire, que la Russie dissémine de la désinformation sur le coronavirus afin de semer la panique en Occident. Selon le document, la Russie utilise « des informations contradictoires confuses et malveillantes » dans sa campagne de désinformation afin de « rendre la communication de l’Union européenne sur sa réponse à la pandémie plus difficile ».

Selon Reuters, cette désinformation russe est communiquée en plusieurs langues, notamment en anglais, espagnol, allemand et français.

Dmitri Peskov, le porte-parole du président russe, tente de dédouaner son pays en évoquant l’absence d’exemple spécifique ou de lien vers un média spécifique dans le document de l’UE sur cette désinformation et, selon Reuters, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à son tour a refusé de commenter directement son rapport.

Le coronavirus comme une arme biologique américaine

Sergueï Glaziev, homme politique et économiste russe, membre à part entière de l’Académie russe des sciences, s’est exprimé sur le sujet sur la chaîne russe TsarGrad (12,84 millions de visites en février 2020 d’après SimilarWeb) appartenant à Konstantin Malofeev.

Dans cette intervention du 13 mars 2020 Glaziev a participé à la désinformation en accusant les États-Unis, sans preuve apparente, d’avoir produit ce virus qu’il présente comme une manifestation de la guerre hybride américaine. Voici ce qu’il dit au début de son intervention :

« […] Tout est créé par l’homme, à commencer par le coronavirus. Déjà, je pense que l’on peut inviter des bio-ingénieurs. Ils vous diront comment le synthétiser. On sait que cela ne peut être fait que par un seul pays qui dispose d’un réseau de bio-laboratoires secrets à travers le monde, y compris sous notre nez. En Ukraine, les Américains testent pleinement les virus sur nos – on peut dire – compatriotes. Ils disposent donc d’un arsenal complet d’armes biologiques. Ce qui se passe aujourd’hui, nous en avons discuté avec vous il y a un an, et deux, trois et quatre [ans]. Nous avions prédit tout cela avec vous. Et dans la pratique, c’est une manifestation de la guerre hybride américaine contre les secteurs de l’économie qu’ils ne contrôlent pas, ce qui est parfaitement compréhensible et logique. »

Cependant, ce genre de désinformation n’est pas un cas isolé en Russie. Quelques recherches rapides sur le moteur de recherche de votre choix donnent des dizaines de résultats.

D’autres médias russes participent aussi à la désinformation sur le Covid-19

Quelques semaines avant l’intervention de Sergueï Glaziev, le site russe Zveda Weekly a publié le 29 janvier 2020 un article assez long intitulé « Coronavirus : guerre biologique américaine contre la Russie et la Chine. »

Dès le début de l’article, son auteur essaie d’insinuer une idée-force, dès le sous-titre, nous informant que « Washington profite de la nouvelle pneumonie atypique qui déstabilise ses principaux concurrents. »

L’article qui se prétend « analytique » utilise tous les arguments probable et improbables afin d’expliquer pourquoi les Américains profitent de la situation au niveau des pourparlers avec la Chine. Il nous amène vers l’idée « que les États-Unis peuvent être impliqués dans cette épidémie » tout en sortant une liste « des opérations américaines dans le cadre d’une guerre biologique contre la planète entière » qui est également citée vers la fin de l’article.

Son auteur ne s’arrête pas là et va jusqu’à évoquer contre toute attente une « arme biologique ethnique (biogénétique) » qui a pour but « de nuire aux personnes de certains groupes ethniques ou génotypes (russes, chinois, etc.). »

Un autre article intitulé « L’expert a vu des signes de bioterrorisme américain dans la propagation du coronavirus », publié le 27 janvier 2020 par le journal quotidien russe Moskovski Komsomolets.

Cet article est construit comme un entretien avec un expert, dans ce cas là, Igor Nikouline, membre de la Commission des Nations Unies sur les armes biologiques et chimiques entre 1998 et 2003.

Dès son début il nous est suggéré qu’un certain nombre d’experts n’excluent pas l’origine artificielle de la nouvelle maladie. Les questions sont posées dans la manière afin d’évoquer son « origine artificielle » et donc, mener une discussion avec cet expert dans cette direction.

On peut y trouver des questions comme « Est-il possible que le nouveau coronavirus n’affecte que les personnes de nationalité chinoise ? » dont la réponse est la suivante « S’il s’avère que c’est effectivement le cas, alors une telle mutation naturelle, sûrement, ne peut pas exister. C’est une preuve mathématique qu’il s’agit d’un virus créé artificiellement ».

Les questions développant le sujet d’un virus artificiellement créé par les Américains avec les questions suivantes comme « Dans quels laboratoires peut-il apparaître ? » (en parlant du virus) ou encore « Combien de laboratoires biologiques étrangers possèdent les États-Unis ? » et tout de suite après « Le Pentagone les supervise-t-ils ? ».

L’entretien se termine par l’évocation de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques, les États-Unis, le terrorisme biologique, la question de l’activité des laboratoires biologiques américains hors leur territoire national, etc.

Il se termine par une phrase « Il faut faire quelque chose. Parce que beaucoup en souffrent déjà » et nous amène indirectement vers l’idée de la création du virus par les États-Unis.

Il existe, bien évidemment, plusieurs autres articles que l’on ne peut pas tous examiner ici, mais une grande partie d’entre eux trace une ligne générale de la responsabilité américaine, parfois occidentale.

L’URSS exploitait le SIDA, la Russie désinforme sur le Covid-19

Ce narratif russe qui vise à accuser les États-Unis dans la création du Covid-19 n’est pas une chose nouvelle. Ceci a déjà été observée dans le cas du SIDA.

Au début des années 1980, le KGB soviétique avec ses collègues allemands de la Stasi ont lancé une campagne de désinformation connue comme « Opération Infektion » et parfois « Opération Denver », en créant et répandant la rumeur qui devait impliquer le département de la Défense des États-Unis dans la création du virus du SIDA. Le rumeur qui a survécu à l’URSS et qui s’est transformé en une véritable théorie du complot sur laquelle d’autres « dossiers » peuvent être montés.

Les tentatives russes de monter un « dossier » de désinformation pour promouvoir une idée d’un « virus artificiel » et « créé par les États-Unis » fait partie des efforts, y compris informationnels, pour affaiblir des liens euro-atlantiques en semant la discorde et la méfiance entre les États-Unis et l’UE. Ceci s’inscrit dans la ligne générale de la désinformation, voire la guerre de l’information, que mène la Russie contre l’UE et l’Occident en général.

Cependant, tant que les accusations envers Washington ne peuvent pas être prouvées par les médias russes, elles demeureront dans la catégorie « désinformation » ou bien « théories du complot ».