Discursus de bello Moscovitico.

Le 24 février 2022 la Russie a lancé une invasion à grande échelle contre l’Ukraine. Evénement perçu comme peu probable, au regard des nombreux facteurs, dont le nombre insuffisant de troupes russes préalablement amassées près de la frontière ukrainienne.

À ce jour, les Russes ont connu quelques défaites, notamment ils n’ont pas réussi à capturer Kiev, à faire capituler l’Ukraine, ni même à prendre Kharkiv - ville située à à peine 40 kilomètres de la frontière russe. L’armée russe s’est montrée significativement moins performante comparé aux estimations et, quasiment trois mois après le début de l’invasion russe, il est assez probable que l’Ukraine puisse libérer toutes les terres occupées par la Russie.

De nombreux facteurs ont été observés empêchant la Russie d’atteindre ses buts de guerre, notamment la surestimation de ses forces et la sous-estimation des forces ukrainiennes, les problèmes de logistique, le manque d’effectifs, la corruption, ainsi que le commandement de l’armée qui n’a pas vraiment évolué depuis l’URSS, rendant les unités peu agiles au combat.

D’ailleurs, au début de février dernier un expert militaire russe, colonel Mikhaïl Khodorionok, a publié un article appelant à calmer les esprits d’une « guerre éclair », tout en expliquant pourquoi attaquer l’Ukraine serait une mauvaise idée.

Cela dit, il serait important d’évoquer un ouvrage écrit en 1632 à Paris par Georgii (Yurii) Niemirycz, un noble Ruthène (Ukrainien). Son ouvrage s’appelle « Discursus de bello Moscovitico » et porte sur la guerre avec la Moscovie (Russie).

Nous allons en citer quelques extraits, qui font un parallèle assez intéressant avec la guerre russo-ukrainienne en cours. En outre, il est à noter que dans le texte nous ne trouverons pas le mot « Russie » ou « russe » pour une simple raison - le nom de ce pays au XVII siècle était la Moscovie.

Il commence avec une description de la situation géopolitique tendue anticipant la guerre, en ouvrant le texte avec la phrase : « Strepebat iam longo tempore Moſchus […] » qui peut être traduite comme « Cela fait longtemps que les Moscovites font du bruit ». Son texte paraît la même année que l’éclatement de la guerre de Smolensk (1632-1634), opposant la République de Deux nations (l’État polono-lituano-ruthène) et la Moscovie.

En comparant les troupes de sa Patrie et la Moscovie, il note que les troupes moscovites suivent l’ordre turc et que les Moscovites ne se soucient pas des provisions : « Turcarum ordinem in bellis ferè ſervat, nec commeatus vlla hactenus Moſcho cura ». D’ailleurs, la guerre russo-ukrainienne est aussi caractérisée par les défauts assez importants au niveau logistique et de provisions de l’armée russe.

Niemirycz décrit aussi le caractère des Moscovites en écrivant le suivant : « Les Moscovites ont acquis un tempérament servile, enclin au luxe et au libertinage, cruel et sournois. Ils finissent la guerre avec rapidité, mais ils sont brisés par le retard. » - (Servile Moſchi ingenium nacti, pronum ad luxum & corporis laſciviam, crudele, vafrum. Celeritate bellum conficiunt, morâ franguntur).

Et encore une fois, nous pouvons observer que les Russes ont visé la guerre éclair, mais ils n’ont pas réussi et le retard brise leurs capacités offensives et menace, désormais, toute campagne.

En décrivant les Moscovites (les Russes), il poursuit avec le régime de leur pays - la Moscovie - en le décrivant comme « absolu et despotique » et « similaire au turc », où « on ne craint guère la rébellion » (Ingenium eiuſmodi arguit regimen illorum Turcico ſimile, abſolutum ac deſpoticum, in quo tamen vix vllus rebellionis metus).

Quant à la puissance principale des forces Moscovites, Niemirycz souligne qu’elle « repose sur les hommes plutôt que sur les soldats, sur le nombre plutôt que sur la force » - (Præcipua virium hoſtilium potentia hominum potiùs quàm militum, numero quam robori nititur). Cet aspect est assez marquant, car l’armée impériale russe et l’armée soviétique s’appuient sur le nombre d’effectifs et pas sur la qualité. Ceci s’applique à l’armée russe moderne et nous pouvons observer cela également dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne en cours.

Il décrit encore plusieurs choses, notamment sur les traités, partage ses idées à propos de défense de son pays, et insiste sur le faite que les Moscovites ne dpeuvent être vaincus qu’en Moscovie « comme Hannibal en Afrique » - « Moſchus nonniſi in Moſcovia ſuperari poteſt, vt Annibal in Africa ».

Son livre peut être trouvé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) et mérite d’être traduit en français et en anglais.